En utilisant comme prétexte et objectif une pratique de lutherie numérique croisée avec celles de l’improvisation et de la recherche d’objets sonores, je commence une série de publications, sur support video pour documenter ma gestuelle de production sonore.

Dans cette série, j’utilise mon logiciel de prédilection, Csound, accompagné d’un unique contrôleur, l’illucia dtr. Ce contrôleur présente 6 potentiomètres, 8 boutons, et un patchbay à 16 points. Je souhaite utiliser ce cadre à la fois spécifique mais très ouvert pour imaginer des instruments, des contrôles de matières, des séquences-jeu.

Une idée devient une version du logiciel, qui est testé, rapidement ajusté, puis soumis à une improvisation exploratoire. À l’intérieur des paramètres implémentés pour coller à l’idée initiale, j’espère me surprendre, trouver une surface de frottement entre la réalité sonore du système, les modes d’interactions avec celui-ci, mon imagination de ce qui est possible, et ce qui est vraiment là.

Il s’agit d’unités de travail qui explorent un aspect a priori unidimensionnel, ou en tout cas accessible en tant que tel, du sonore. La démarche dans son ensemble se veut une méthode pour passer au crible les paramètres de l’écriture — mon écriture — électronique : expressivité, gestion de l’attention, texture, densité, etc. En partant de «presque rien», il y a aussi le désir de tisser un rapport étroit avec cette collection d’opcodes quarantenaires, d’établir une expertise intime qui réduise au minimum la distance entre idée et résultat.

À chaque étape est enregistré un artefact résiduel, ni tout à fait improvisé, ni véritablement composé, qui témoigne de la résonance en train de s’établir entre l’opérateur-écoutant et le logiciel.


Après quelques mois, cette idée de publication continue finit par prendre son sens dès lors que je l’envisage comme une fenêtre ouverte sur l’atelier; comme une manière de partager des sons bruts, des moments de travail, de partager l’écoute en train de se faire. Ces sons qui ne sont pas des œuvres en cours d’élaboration, mais du matériau de base résultant d’essais et d’intuitions suivies, sont rarement donnés à entendre, alors qu’ils sont pourtant au cœur de la création, bien avant d’être triés, “utilisés”, tissés, re-contextualisés,… dans une pièce. Ces sons-là façonnent la pratique et l’écoute, simplement par le temps qu’on passe avec eux. Il me semble intéressant de leur donner une vie propre.